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montrent à travers l’histoire récente que la poursuite d’objectifs différents
pour une même évaluation peut conduire à une utilisation inefficace, voire
dévoyée de leurs résultats.
La question des usages des résultats des évaluations est indissociable de
la question de la mesure des compétences. Les problématiques de mesure
relèvent du domaine de la psychométrie, domaine spécifique très peu investi
en France, que ce soit dans lemonde académique ou dans celui de la statistique
publique. L’article de Thierry R
ocher
(
Mesure des compétences – Méthodes
psychométriques utilisées dans le cadre des évaluations des élèves
) vise
précisément à donner aux lecteurs de la revue un aperçu des procédures
psychométriques, avec un souci pédagogique, sans toutefois sacrifier la
rigueur statistique. L’article montre en particulier que tout instrument de
mesure est un « construit », reposant sur un ensemble d’hypothèses et de
méthodes spécifiques. Une illustration de ces méthodes est donnée à travers
la présentation des procédures psychométriques employées dans le cadre
du programme d’évaluations standardisées Cedre (Cycle des évaluations
disciplinaires réalisées sur échantillons).
Ces méthodes sont globalement partagées au niveau international.
L’ingénierie à mettre en place pour assurer la qualité et la comparabilité des
données relève d’une forme de technicité bien décrite dans un autre contexte
par Christophe D
ierendonck
, Amina K
afaï
, Antoine F
ischbach
, Romain M
artin
et
Sonja U
gen
(
Les épreuves standardisées – Élément-clé du pilotage du système
éducatif luxembourgeois
). Le programme d’évaluations standardisées mis en
place au Luxembourg se distingue par ses objectifs, dans la mesure où il vise
à aider au pilotage des établissements scolaires. Les établissements sont en
effet accompagnés dans la rédaction d’un plan d’action reposant en partie sur
l’analyse des données tirées des évaluations standardisées. Tout le défi est là,
dépasser la méfiance envers un outil pouvant être perçu comme un contrôle,
associer les acteurs aux constats et les accompagner dans la définition et
la mise en place d’actions ciblées. La taille du Luxembourg favorise sans
doute la réalisation de cet exercice difficile, mais précisément son expérience
pourrait sans doute inspirer les acteurs du pilotage local en France, souvent
demandeurs de dispositifs d’évaluations standardisées.
Pour conclure cette première partie de cadrage général, Fabrice M
urat
et
Thierry R
ocher
(
L’évaluation des compétences des adultes – Quelles contraintes ?
Quelles spécificités ?
) nous invitent à sortir du cadre scolaire et à considérer
les évaluations d’adultes. Dans ce domaine, deux traditions statistiques,
peu amenées à se côtoyer, doivent converger, à savoir celle des enquêtes-
ménage, très maîtrisée par l’Insee, et celle de l’évaluation des compétences,
naturellement plus développée à la DEPP. Une perspective de comparaison
avec les évaluations des élèves montre les spécificités de l’évaluation des
compétences des adultes, notamment le fait d’interroger des individus,
chez eux, sur leurs compétences, ce qui peut réveiller de mauvais souvenirs
scolaires chez certains d’entre eux. La question de leur implication dans
ÉDUCATION & FORMATIONS N° 86-87 MAI 2015
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